Musée du Malgré-Tout
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Pain et bière en Egypte ancienne

Expo Pain et bières

L'Égypte pharaonique nous frappe par ses monuments du matin du monde. Sphinx, obélisques, pyramides font partie de notre vocabulaire et de notre imaginaire. Les textes bibliques, relayés par le cinéma hollywoodien, nous parlent d'une société de tyrans et d'esclaves. Au pied des monuments, toutefois, il y a des hommes, qui, seuls, leur donnent une échelle. Ces hommes de l'Égypte sont le plus souvent des agriculteurs ou des éleveurs. Ils sont libres et paisibles, superstitieux ou pieux, soucieux de leur bien-être : à la fois très proches et très différents des Égyptiens d'aujoud'hui.

Les cultures principales de l'Égypte sont celles des céréales (le blé et l'orge) et le pays du Nil était, à l'époque romaine, le grenier de l'Empire. L'inondation annuelle du fleuve assure une fertilisation naturelle des champs, travaillés avec des outils simples, tels la houe et l'araire. Ce dernier peut être tiré par des animaux, le plus souvent des boeufs, dont les troupeaux constituent l'autre richesse de l'Égypte. La chèvre et le mouton n'auront jamais la même valeur, ni d'ailleurs le porc, omniprésent.

La nourriture va d'abord aux vivants bien sûr, mais une bonne part alimente une économie parallèle, celle des dieux et des morts. Les uns et les autres jouissent de la même alimentation, dont le pain et la bière, produits à partir de la même matière première, forment la base. Les scènes de boulangerie et de brasserie sont d'ailleurs nombreuses dans les tombes, où la production en était assurée magiquement par la représentation.

La variété est de mise, sans que, malheureusement, nous puissions toujours déterminer où réside la différence, d'un pain à l'autre ou d'une bière à l'autre.

Le malt fait partie des ingrédients de la bière, la levure ainsi que des ferments bactériens sont attestés. La levure ne fait toutefois pas encore l'objet d'une culture. Un des procédés qui en permet néanmoins l'obtention serait de réutiliser les mêmes récipients en céramique, sans les laver entre les brassages successifs. Les brasseurs égyptiens ne devaient craindre aucune inspection en matière d'hygiène. Il n'y a pas à douter, par ailleurs, que la bière égyptienne était plus sucrée que la plupart de nos bières contemporaines, ne fut-ce que parce que le houblon, qui donne son amertume à nos bières, est inconnu.

Le fromage et le vin font partie également de l'alimentation égyptienne, mais ne jouent pas le même rôle fondamental. Il n'est même pas certain que les Égyptiens aient consommé autre chose que des fromages blancs, dont certains, peut-être, ont été importés (par exemple de Chypre, au Nouvel Empire). Le vin est bien mieux attesté et fait aussi partie des offrandes aux dieux. Produit dans le Delta, le vin égyptien est parfois mis en cruche au domaine, ce qui sera dûment mentionné, et toujours millésimé sur ces mêmes "étiquettes" que l'on trouve au Nouvel Empire.

Les produits agricoles sont généralement considérés comme des dons d'Osiris, ce dieu qui a connu la mort et la résurrection, dont le corps noir est associé à la terre fertile de la vallée, le corps rouge de son frère et meurtrier Seth étant rouge, comme le désert stérile. Son rôle est magnifiquement illustré par les "momies de blé", qui sont des images d'Osiris dont le corps est formé de paquets de boues du Nil contenant des graines qui ont germé. La fertilité du dieu ne peut être mise en doute : on l'affublera en plus d'un phallus aux dimensions imposantes.

L'excès et l'ivresse sont plutôt du domaine de la déesse Hathor. Lors de ses festivités, ou celles de déesses qui en sont des avatars, les Égyptiens s'en donnent à coeur joie : on mange jusqu'à en vomir, on boit jusqu'à l'ivresse et on fait l'amour toutes voiles dehors. La fête de l'ivresse co&iml;ncide avec le retour de l'inondation et Hathor, à cette occasion, est qualifiée de "dame du Double Pays, dame du pain, dame qui a fait la bière". Loin du hiératisme des tombes et du sérieux de la mort - et même en sa compagnie -, les Égyptiens pouvaient se montrer des bons vivants, montrer occasionnellement un autre profil.

Et l'on veillait au grain... Dès le Néolithique, le pays se couvre de greniers, bientôt habités par des souris, bientôt chassées par des chats, domestiqués en Égypte. Ces greniers peuvent témoigner de stockages privés comme de stockages collectifs, constituer les réserves d'un village ou de l'État. Une armée de gestionnaires s'occupe de celles-ci, sous les ordres du "directeur des greniers de Haute et Basse Égypte"; ce haut fonctionnaire organise entre autres les relevés cadastraux et fixe les taxes...

Cent trente-deux objets illustrent le thème de l'exposition, provenant tant de musées belges que de musées européens, ainsi que de collections privées. Environ un tiers de ces objets de l'Antiquité égyptienne n'ont jamais été publiés auparavant, plus de la moitié n'ont jamais été montrés dans une exposition. Les plus charmants sont probablement ces modèles en bois fabriqués à la Première Période Intermédiaire et au Moyen Empire, illustrant avec une immédiateté rare dans l'art égyptien, les arts et métiers de l'époque, dont la boulangerie et la brasserie. Les plus spectaculaires, par contre, sont sans doute les stèles funéraires dont la scène principale nous montre le défunt, parfois avec son épouse, assis devant une table d'offrande. Le pain et la bière, s'ils ne sont pas toujours représentés, sont toujours mentionnés. Les plus émouvants, enfin, sont sans doute les outils eux-mêmes, une houe, une faucille, une écope à vanner, dont les manches polis montre qu'il n'y a pas de labour sans labeur.

Pour couronner ses vingt ans, le Musée du Malgré-Tout de Treignes présente sa cinquantième exposition temporaire et accueille, pour la troisième fois, un sujet centré sur l'Égypte ancienne. Orchestrée tant par l'équipe de Musée dirigée par Claire Bellier et Pierre Cattelain, que par Eugène Warmenbol (Université Libre de Bruxelles) et Florence Doyen (Egyptologica asbl), cette exposition offre également un catalogue complet des oeuvres présentées au public. Cet ouvrage de référence, édité par le CEDARC et intégralement publié en quadrichromie, est assorti de plusieurs articles de synthèse développant le thème du Pain et de la Bière en Égypte ancienne.